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26/11/12 : Qu'est ce qu'un classement ?

Comme à chaque descente de l'atlantique sud lors d'une course à la voile autour du monde, les mêmes polémiques reviennent au sujet des classements et de la route théorique retenue. Étant en charge des calculs de classements pour cette édition 2012 du Vendée Globe, Géovoile décide aujourd'hui de répondre à ces polémiques par des arguments qui sauront peut-être les faire taire enfin...


Il n’est pas question ici de parler du classement final, validé par un jury, qui fixe de façon définitive le résultat d’une course à la voile. Le sujet de cet article concerne les classements calculés tout au long de la course afin de donner une image la plus objective possible de la situation des bateaux à un instant T.


Commençons par une définition : un classement est une liste de bateaux classés par ordre croissant de distance au but, une distance au but étant la distance théorique la plus courte respectant les contraintes du parcours, qui sépare un bateau du point d’arrivée.


Cette définition, simple et pourtant complète, où chaque mot à son importance, devrait suffire à lever tout doute quant à la nature d’un classement, ce qu’il dit et surtout ce qu’il ne dit pas. Pourtant, à chaque course, les classements font l’objet de discussions et de contestations, parfois véhémentes parce que l’on veut leur faire dire ce qu’ils ne disent pas et parce que l’on veut leur faire tenir un rôle qu’ils n’ont pas à tenir.


Nous avons tous appris à l’école que le chemin le plus court entre 2 points est la ligne droite. Si l’on nous avait alors demandé de traverser la cour en passant derrière le chêne, nous aurions d’abord couru tête baissée et en ligne droite vers le chêne, puis, après avoir contourné le chêne, couru toujours tête baissée et en ligne droite vers le fond de la cour.


Ce qui s’applique très simplement à l’échelle de la cour d’école, s’applique tout aussi simplement à l’échelle du globe terrestre. Seule la définition de « la ligne droite » change. Sur une surface sphérique, la distance la plus courte entre deux points est définie par la longueur de l’arc de grand cercle passant par ces deux points. C’est ce que l’on appelle l’orthodromie. Un classement n’est rien d’autre qu’une addition d’orthodromies reliant un bateau au point d’arrivée.


Revenons dans la cour. Qu’un petit malin gagne parce que choisissant de courir tête relevée, il constate qu’il sera plus judicieux de faire un détour pour éviter la flaque d’eau qui va ralentir tous les autres, ne change rien au fait que le chemin le plus court passe au travers de cette flaque d’eau. Car cet après-midi, lorsque le soleil aura séché la cour, il ne sera plus nécessaire de contourner une flaque d’eau qui n’existera plus.


Cette évidence de cour maternelle, devient curieusement un sujet de polémique quand elle s’applique à la course à la voile. Pourtant là encore les mots ont la plus grande importance. On parle ici de chemin le plus court. Pas du chemin le plus rapide.


Rappelons donc cette première évidence : le chemin le plus court n’est pas forcément le chemin le plus rapide. C’est même rarement le cas lors d'une course à la voile.


Lors d’une course à la voile, le chemin le plus rapide dépend d’un nombre incalculable de facteurs. Les plus évidents sont la météo, les capacités du bateau, et bien sûr l’expérience du skipper. Autant de facteurs individuels qui ne doivent aucunement entrer en ligne de compte lors d’un calcul de classement, puisque propre à un instant donné et à chaque couple bateau/skipper, alors que le classement doit rester impartial et garantir à chacun la même procédure de calcul.


Que Pierre Poljak alors dernier, ait choisi le jour J une route totalement différente du reste de la flotte pour finalement finir en tête à J+3 n’a pas à être récompensé au classement du jour J par une première place anticipée. Un concert de réclamations ne changera rien au fait que pendant 2 jours, Pierre Poljak restera au fond du classement. C’est un fait mathématique qu’il est vain de vouloir contester.


Rappelons alors cette deuxième évidence : Un classement n’a pas à refléter la pertinence des stratégies adoptées par les uns et les autres. Un classement ne peut refléter que le résultat d’une stratégie et uniquement quand celle-ci a fini d’être appliquée.


Certains, plus aguerris, contestent la notion même de parcours théorique le plus court, arguant qu’il ne correspond à aucune réalité et qu’aucun bateau ne le suivra jamais. Ils suggèrent alors d’imaginer un parcours plus « réaliste », tout en se gardant bien de proposer une définition concrète de ce que serait ce parcours réaliste.


Prenons l’exemple des courses autour du monde dans leur phase de descente de l’Atlantique sud, car c’est toujours là que se manifestent les critiques les plus virulentes. La route théorique la plus courte, celle qui provoque tant de réactions, va du Cap Vert au Cap de Bonne Espérance en passant par l’île de Saint-Hélène. Quel parcours de substitution serait le plus réaliste ? Celui de Francis Joyon qui début 2008, lors de son record autour du monde, a pu s’autoriser ce que Pierre-François Bonneau appelle « l’hypoténuse interdite », c’est-à-dire une belle descente rectiligne de l’atlantique, au cap sud-est dès le 21e parallèle ? Ou celui de Michel Desjoyeaux qui quelques mois plus tard, lors du Vendée Globe, a été contraint de descendre plein sud jusqu’au 38e parallèle avant de faire un virage à 90° pour entamer sa route victorieuse vers l’Est ?


De telles différences météorologiques peuvent être rencontrées par la flotte d’une même course autour du monde, l’écart séparant le premier du dernier pouvant déjà dépasser 10 jours à la sortie de l’atlantique sud. Cela devrait suffire à faire taire les polémiques et définitivement clore le sujet des parcours théoriques « réalistes ».


Car rappelons enfin cette dernière évidence : Il n’existe pas de parcours théorique « réaliste »… tout simplement parce qu’il y a contradiction dans les termes.


Ne faisons dire au classement que ce qu’il sait dire : tel bateau est théoriquement plus près du but que tel autre. Et laissons aux journalistes spécialisés et aux commentateurs le soin de nous expliquer la pertinence d'une stratégie et l'incidence qu'elle aura sur les prochains classements. Car c’est aussi ce qui fait la magie d’une course à la voile : voir se concrétiser une stratégie courageuse par les changements qu’elle opère jour après jour sur un classement jusque-là défavorable.


ExtranetHauwell Studios